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Pour une réforme des retraites fidèle à la vision sociale du bonapartisme

Pour une réforme des retraites fidèle à la vision sociale du bonapartisme

Le débat sur les retraites est trop souvent réduit à des slogans, des oppositions caricaturales entre immobilisme et libéralisme, entre âge légal et capitalisation. Pourtant, une réforme juste et durable ne peut être ni idéologique ni brutale. Elle doit être fidèle à notre modèle social et à la devise républicaine qui fonde notre pacte collectif : **Liberté, Égalité, Fraternité**.

Cette fidélité n’est pas une abstraction. Elle s’inscrit dans une histoire politique française précise. L’idée de la retraite pour tous, tout comme celle de la Sécurité sociale ou encore de la participation, s’enracine dans une tradition sociale et nationale portée, depuis Louis-Napoléon Bonaparte, par le courant bonapartiste.

Dès 1844, dans *De l’extinction du paupérisme*, Louis-Napoléon Bonaparte affirme la responsabilité de l’État face à la misère sociale et défend l’idée que le travail doit garantir la dignité et la sécurité de l’existence. Sous le Second Empire, cette vision se traduit par le développement des sociétés de secours mutuels, la reconnaissance du droit de grève en 1864 et une politique active de l’emploi, posant les bases d’une protection sociale nationale.

Cette filiation sera prolongée par le général de Gaulle, pour qui la justice sociale est indissociable de l’unité nationale. Soutien déterminant à la création de la Sécurité sociale en 1945, défense de la retraite par répartition, et surtout mise en œuvre de la participation à travers les ordonnances de 1959 et 1967, destinées à associer les travailleurs aux bénéfices, au capital et aux décisions de l’entreprise. Comme il le déclarait en 1947 à Strasbourg : « Il faut que les travailleurs soient associés à la marche de l’entreprise. »

Aujourd’hui encore l’Appel au Peuple, s’inscrit pleinement dans cette continuité historique. Les principes défendus dans ce texte — solidarité, participation, reconnaissance du travail et refus des fractures sociales — ne sont pas des opportunités du moment, mais le prolongement cohérent d’une pensée politique constante, attachée à l’unité nationale et à la protection des plus modestes. Pourtant, une réforme juste et durable ne peut être ni idéologique ni brutale. Elle doit être fidèle à notre modèle social et à la devise républicaine qui fonde notre pacte collectif : Liberté, Égalité, Fraternité.

▶️ Supprimer l’âge légal : oui, à condition de ne pas supprimer la justice

La suppression de l’âge légal de départ à la retraite n’est pas, en soi, une mauvaise idée. Depuis longtemps, nous défendons l’idée que ce qui compte réellement n’est pas l’âge biologique, mais la durée de cotisation. Un système fondé sur le cumul des annuités est plus juste, car il reconnaît les parcours longs, ceux qui ont commencé à travailler tôt, et évite de réduire la retraite à un simple seuil administratif.

Mais soyons clairs : supprimer l’âge légal sans critère collectif de remplacement reviendrait à instaurer un âge économique implicite, où seuls ceux qui en ont les moyens pourraient partir plus tôt. Ce serait une liberté en trompe-l’œil, génératrice d’inégalités accrues. La suppression de l’âge légal n’a de sens que si elle s’accompagne d’une reconnaissance équitable des annuités, de la pénibilité et des parcours de vie.

▶️ La retraite n’est pas un produit financier

La retraite par répartition repose sur un principe simple et profondément républicain : chacun contribue selon ses moyens pour le bien de tous. C’est l’expression concrète de la fraternité. Imposer une capitalisation totale des retraites, c’est rompre ce lien de solidarité intergénérationnelle et transférer le risque collectif vers les individus.

Une capitalisation globale bénéficierait avant tout aux hauts revenus, capables d’épargner et d’absorber les aléas des marchés financiers. Elle n’éliminerait ni la pénibilité, ni la précarité, ni les carrières hachées. Elle creuserait, au contraire, le fossé entre les Français. La retraite deviendrait alors non plus un droit social garanti, mais un investissement personnel soumis au hasard économique.

Cela ne signifie pas qu’il faille être fermé à tout débat. Une capitalisation partielle, encadrée et complémentaire, peut exister. Mais elle ne doit jamais se substituer au socle solidaire de la répartition.

▶️ La participation : une voie d’équilibre et de justice

Il existe une autre voie, trop souvent oubliée : la Participation. Participation aux bénéfices, participation au capital, participation aux décisions. Cette idée, profondément ancrée dans notre histoire sociale, permet de réconcilier performance économique et justice sociale.

En développant la participation au capital, les salariés peuvent se constituer un "matelas financier" issu du travail collectif, et non d’une épargne individuelle isolée. Cette détention de capital salarié réduit les inégalités patrimoniales et peut constituer un complément utile pour la retraite, sans remettre en cause la solidarité nationale.

La participation aux bénéfices existe déjà à travers l’intéressement, les plans d’épargne entreprise ou les plans d’épargne retraite. Ces dispositifs doivent être élargis, simplifiés et rendus accessibles à tous les salariés, y compris dans les PME, les TPE et les secteurs précaires. C’est une forme de capitalisation juste, car elle redistribue la valeur créée par le travail.

Enfin, la participation aux décisions est essentielle. Détenir du capital sans pouvoir, c’est rester dépendant. Associer les salariés aux choix stratégiques, c’est inscrire l’entreprise dans le long terme et faire de la retraite un projet collectif, non une variable d’ajustement financière.

▶️ Reconnaître la pénibilité et les parcours de vie

Toute réforme crédible doit enfin intégrer la réalité du travail. La pénibilité, l’usure professionnelle, les inégalités d’espérance de vie, mais aussi l’éducation des enfants et les périodes de soin doivent être pleinement prises en compte. Une société juste ne peut demander la même chose à tous sans regarder ce que chacun a donné.

▶️ Pour une réforme qui rassemble

Réformer les retraites, ce n’est pas seulement équilibrer des comptes. C’est choisir un modèle de société. Voulons-nous d’un système qui individualise les risques et privatise les protections, ou d’un système qui conjugue liberté individuelle et solidarité collective ?

Mais cette réflexion ne peut être isolée d’une vision globale. La question des retraites repose en réalité sur trois piliers indissociables.

Le premier est le travail. Sans emploi, il n’y a ni cotisations, ni retraites. Une politique des retraites crédible suppose donc une politique économique et industrielle ambitieuse, orientée vers le plein emploi, la réindustrialisation et la valorisation du travail productif.

Le deuxième pilier est la natalité. Un système de retraite par répartition repose sur le renouvellement des générations. Soutenir les familles, reconnaître l’éducation des enfants comme une contribution à la richesse nationale, et encourager une politique nataliste assumée sont des impératifs de long terme pour préserver notre modèle social.

Le troisième pilier est l’immigration. On ne peut éluder le débat entre natalité et immigration, car dans tous les cas, un système par répartition a besoin de salariés. Cette question doit être abordée avec lucidité et responsabilité, sans tabou ni déni, en tenant compte des capacités d’intégration, des besoins économiques et de la cohésion nationale.

Une réforme fidèle à l’esprit républicain et bonapartiste doit donc reposer sur trois axes clairs :

la retraite par répartition comme socle intangible,

la durée de cotisation, la pénibilité et les parcours de vie comme critères de justice,

la participation comme levier de capitalisation collective et démocratique.

C’est à cette condition que nous pourrons moderniser notre système de retraites sans renoncer à ce qui fait sa force historique : la fraternité, l’unité nationale et la primauté du travail.

▶️ Conclusion

De Louis-Napoléon Bonaparte au général de Gaulle, le bonapartisme a toujours porté une vision sociale de la nation, fondée sur le travail, la solidarité et la participation. Il a toujours refusé aussi bien l’abandon libéral que l’étatisation intégrale, pour proposer une voie originale : celle d’un État arbitre, protecteur des plus faibles, garant de la cohésion nationale.

Les bonapartistes d’aujourd’hui, au sein de l’Appel au Peuple, ne font que prolonger cette tradition en défendant une réforme des retraites fidèle à la fraternité républicaine, à la dignité du travail et à l’intérêt national.

Réformer, oui. Renoncer à notre modèle social, non.

Paul Lenglé

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