Matraque vs dialogue
Une fois encore, le gouvernement a montré où s’arrêtent la discussion et la négociation. À Toulouse, face à des agriculteurs pacifiques venus faire entendre leur détresse, le préfet de Haute-Garonne et d’Occitanie a fait le choix de l’intervention des CRS. Manifestants plaqués au sol, coups de matraque, gaz lacrymogène : voilà donc la réponse apportée à une profession à bout de souffle. Drôle de manière de poursuivre — ou même d’entamer — un dialogue.
Ce choix n’est pas anecdotique. Il s’inscrit dans une vision profondément verticale du pouvoir, où l’autorité précède toujours l’écoute, où l’ordre public devient un prétexte pour éviter le débat politique. Les bonapartistes ont toujours été du côté de l’autorité et du droit. Mais il arrive un moment où l’on est légitimement en droit de s’interroger sur cette autorité et sur ce droit, lorsque ceux-ci sont mobilisés non pour protéger, mais pour empêcher.
Empêcher les agriculteurs, mais aussi les salariés, de faire entendre leur voix. Empêcher celles et ceux qui produisent, qui travaillent, qui nourrissent le pays, de se battre pour ce qu’il leur reste — et pour ce qu’il nous reste collectivement — d’indépendance économique, de souveraineté alimentaire et de dignité sociale. Lorsqu’un État utilise sa force non pour arbitrer, mais pour faire taire, il ne défend plus le droit : il défend un ordre.
Il semble aujourd’hui qu’en France, manifester soit devenu plus difficile lorsque l’on est agriculteur et honnête, lorsque l’on défend son travail, son outil de production et l’intérêt général. Cette réalité interroge profondément la hiérarchie implicite des luttes jugées acceptables et de celles que l’on choisit de réprimer. Elle révèle surtout un pouvoir qui tolère la contestation tant qu’elle ne remet pas en cause les fondements économiques qu’il a lui-même consacrés.
Car derrière la répression des mobilisations agricoles se cache une question centrale : celle du modèle. Celui d’une agriculture sacrifiée sur l’autel du libre-échange, de la compétitivité mondiale et de la rentabilité à court terme. Celui d’une souveraineté proclamée dans les discours mais abandonnée dans les faits.
S’il faut être clair, au niveau local, notamment en Haute-Garonne et en Occitanie, l’ensemble des syndicats agricoles a su dépasser ses divergences pour faire front commun. Mais à l’échelle nationale, le constat est tout autre. La FNSEA demeure une partie prenante centrale du système actuel. Complice objective et grande bénéficiaire des accords de libre-échange successifs, elle accompagne depuis des années des politiques qui fragilisent les producteurs tout en renforçant l’agro-industrie. Lorsqu’on confond agriculture et industrie agroalimentaire, lorsqu’on prétend défendre les paysans tout en soutenant des accords qui les mettent en concurrence avec le monde entier, on ne peut plus se prétendre simple intermédiaire. On est acteur, on est bénéficiaire, et donc responsable.
À force de confondre autorité et brutalité, droit et répression, dialogue et mise au pas, le pouvoir prend le risque de rompre définitivement le lien avec celles et ceux qui font encore tenir ce pays debout. Empêcher les agriculteurs et les salariés de se battre pour leur survie économique, c’est affaiblir ce qu’il nous reste d’indépendance et de souveraineté. Un État qui protège les intérêts du libre-échange et de l’agro-industrie tout en matraquant ceux qui produisent n’est plus un arbitre : il a choisi son camp. Et ce choix-là, tôt ou tard, devra être assumé politiquement.
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