Boomer, vous avez dit boomer ?
Alors qu’il est devenu de bon ton, dans certains cercles médiatiques et politiques, de taper sans discernement sur ceux que l’on appelle les boomers, le dernier baromètre des Petits Frères des Pauvres vient rappeler une réalité autrement plus glaçante : 750 000 personnes âgées vivent aujourd’hui en France en situation d’isolement extrême, ce que l’association nomme avec justesse la « mort sociale ».
Ces femmes et ces hommes ne sont pas des abstractions statistiques. Ils sont pour beaucoup nés dans l’immédiat après-guerre, ou au cours de la décennie qui a suivi. Ils ont traversé l’après-guerre, accompagné la modernisation du pays et contribué, chacun à leur place, à la mise en place d’un modèle social et économique dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Mais derrière la caricature du retraité nanti, voyageur infatigable et propriétaire confortable, se cache une réalité bien plus sombre : une part grandissante de ces anciens finit leurs jours seuls, sans proches, sans lien, sans parole partagée.
La société contemporaine, prompte à dresser les générations les unes contre les autres, préfère souvent pointer du doigt un supposé égoïsme des aînés plutôt que d’affronter la question essentielle : quelle place réservons-nous aux anciens dans notre communauté nationale ? Car l’isolement n’est pas qu’un drame individuel. C’est le signe d’un tissu social qui se délite, d’un modèle familial fragilisé, d’une solidarité intergénérationnelle qui s’étiole. C’est aussi le miroir de notre rapport collectif au vieillissement : nous parlons de la dépendance comme d’un coût, jamais comme d’une responsabilité humaine et morale.
Il est frappant de constater à quel point cette question reste en marge du débat public. On dénonce à juste titre la pauvreté des jeunes actifs ou l’exclusion des classes populaires, mais le sort de centaines de milliers de personnes âgées confinées à une solitude absolue ne suscite que des indignations ponctuelles. Or, cette invisibilité est la pire des violences : l’indifférence tue plus sûrement que la maladie.
À force d’opposer les générations, nous oublions que nous formons une même chaîne. Les « boomers » d’aujourd’hui ne sont que les reflets de ce que nous serons demain. L’isolement de nos aînés annonce peut-être notre propre destin si rien ne change. Reconnaître leur apport, briser les clichés, recréer du lien ne relèvent pas d’une quelconque nostalgie, mais d’une exigence de civilisation.
C’est là le travail des communes, aidées par l’État : être capables de mettre en place des structures qui permettent le brassage des générations et redonnent une place aux aînés dans la vie collective. Cela peut passer par des cafés associatifs intergénérationnels, des maisons de quartier ouvertes aux anciens comme aux jeunes, des programmes de logement intergénérationnel où étudiants et retraités vivent sous le même toit, ou encore des réseaux de bénévoles qui organisent visites, activités culturelles et entraide de proximité. Ce n’est pas seulement une question d’assistance : c’est une manière de retisser du lien, de recréer des communautés locales vivantes.
D’autres pays nous montrent la voie. Aux Pays-Bas, certaines maisons de retraite accueillent gratuitement des étudiants en échange de quelques heures passées chaque semaine avec les résidents : une solution qui recrée des liens et change le regard des jeunes sur la vieillesse. Au Danemark, des « villages intergénérationnels » regroupent logements sociaux, crèches et résidences pour seniors autour d’espaces communs, favorisant la mixité et l’entraide. Au Japon, où le vieillissement est un défi majeur, des quartiers entiers sont repensés pour que les commerces, les parcs, les lieux de soins et les espaces de rencontre soient accessibles aux anciens, afin qu’ils restent au cœur de la cité.
Ces exemples montrent qu’il existe des alternatives concrètes à l’abandon silencieux. La France s’honorerait à s’en inspirer, au lieu de laisser ses aînés mourir dans le silence. L’enjeu n’est pas seulement caritatif, il est politique. Redonner une place aux aînés, c’est défendre la continuité nationale. C’est aussi rappeler que la fraternité, inscrite au fronton de nos mairies, n’est pas un slogan, mais une responsabilité commune.
Paul Lenglé
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