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« La dépense publique », ce bouc émissaire commode

« La dépense publique », ce bouc émissaire commode

C’est devenu le nouveau mantra des discours politiques et médiatiques : il faut réduire la dépense publique.

Une formule magique, censée exprimer le sérieux budgétaire, le réalisme économique, voire la vertu politique. Mais à force de répétition, cette expression finit par masquer l’essentiel : il n’existe pas une dépense publique, mais des dépenses publiques.

Mettre dans le même sac les budgets de l’hôpital, les aides à la recherche, la défense, les doublons administratifs et les subventions clientélistes, c’est commettre une erreur intellectuelle autant qu’un contresens démocratique.

Toutes les dépenses publiques ne se valent pas. Certaines incarnent la promesse républicaine — celle d’un État protecteur, tourné vers la fraternité, l’égalité et le progrès collectif. Elles financent la santé, l’éducation, la justice sociale, la transition énergétique, la culture.

D’autres, en revanche, relèvent d’une logique d’opportunisme politique : dépenses électoralistes, duplications administratives, gabegie institutionnalisée. Celles-là méritent d’être dénoncées et corrigées, au nom même de l’efficacité de l’action publique.

Mais confondre l’une et l’autre, réduire la question budgétaire à un chiffre global à faire baisser coûte que coûte, c’est renoncer à penser le rôle de l’État. C’est substituer la démagogie à la responsabilité, le slogan à l’analyse.

Car la dépense publique, bien orientée, n’est pas seulement un instrument de solidarité. Elle est aussi le socle de la liberté.

*Sans écoles, pas d’émancipation.

*Sans justice indépendante, pas de droits garantis.

*Sans services publics accessibles, pas de liberté réelle pour celles et ceux qui n’ont que la République pour appui.

La puissance publique, par sa dépense, est parfois la seule autorité capable de garantir à chacun la possibilité d’être libre.

La véritable exigence n’est donc pas de “réduire la dépense publique”, mais de la rendre juste, lisible et cohérente avec nos valeurs collectives.

La dépense publique n’est pas un fardeau : c’est le reflet de ce que nous décidons de faire ensemble.

Elle dit ce à quoi nous croyons, et ce que nous refusons d’abandonner à la logique marchande.

Alors oui, traquons le gaspillage. Mais cessons d’insulter ce qui fait encore tenir ensemble la République : la solidarité, la dignité, et la liberté garanties par la puissance publique.

Jules Amigues

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