Le sens et la raison d’être de la Participation.
Ce vendredi 17 octobre, sur RTL, Serge Papin, ministre délégué aux PME, au Commerce, à l’Artisanat, au Tourisme et au Pouvoir d’achat, a proposé de rendre immédiatement disponibles les primes d’intéressement et de participation, et d’envisager leur défiscalisation. Objectif affiché, redonner du pouvoir d’achat et relancer la consommation. Une intention louable, certes, mais une proposition qui dévoie profondément le sens et la raison d’être de la participation.
La participation et l’intéressement n’ont jamais eu vocation à servir de variable d’ajustement salariale. Créés pour associer les salariés aux performances de leur entreprise, ces dispositifs constituent historiquement un levier d’implication collective et d’épargne à moyen terme, non un simple supplément de revenu immédiat. Les rendre disponibles « dès leur versement » reviendrait à transformer un outil de partage durable de la valeur en un instrument conjoncturel de consommation, répondant davantage à une logique de court terme qu’à une ambition économique ou sociale de long terme.
Cette dérive n’est pas nouvelle. Déjà à plusieurs reprises, la tentation de rendre l’intéressement disponible immédiatement avait émergé, souvent en période de ralentissement économique. Mais une telle mesure affaiblit le principe fondateur de la participation : celui d’un partage des fruits du travail qui s’inscrit dans la durée et renforce la cohésion au sein de l’entreprise. En réduisant la participation à une “prime de pouvoir d’achat”, on la vide de son sens profond, celui d’une association du travail au capital.
De plus, ces primes ne sont pas intégrées dans le calcul des retraites, car elles échappent aux cotisations sociales. En d’autres termes, elles n’ouvrent aucun droit futur pour les salariés. Les transformer en substitut au salaire revient donc à affaiblir le financement de la protection sociale et à fragiliser les droits des travailleurs à long terme. Cette logique, si elle se généralisait, participerait d’un mouvement dangereux : celui de la désocialisation progressive du revenu du travail.
Enfin, cette réforme marque une rupture avec la philosophie originelle de la participation, défendue par Napoléon III et par le général de Gaulle. Pour eux, il s’agissait avant tout d’un projet politique : associer les salariés au capital et aux décisions, créer un modèle d’entreprise plus juste et plus responsable. En faire une simple mesure de pouvoir d’achat, c’est dénaturer cette ambition humaniste et économique. On passe d’une logique d’émancipation et de codécision à une logique de consommation immédiate, aussi vite oubliée que dépensée.
En définitive, la proposition du ministre Serge Papin, sous couvert de relancer la consommation, fragilise un des piliers du compromis social français. La participation n’a pas été conçue pour combler l’insuffisance des salaires, mais pour réconcilier le travail et le capital. La rendre immediatement disponible, c’est renoncer à cette vision de long terme au profit d’un court-termisme économique, où le pouvoir d’achat prime sur le partage de la valeur. Ce serait, au fond, une victoire de la dépense sur la démocratie économique.
Paul Lenglé
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