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Réindustrialiser ? Oui mais ...

Réindustrialiser ? Oui mais ...

On parle beaucoup de réindustrialisation. Trop, sans doute. Et surtout mal.

Car promettre une renaissance industrielle générale sans en fixer les limites, c’est créer de faux espoirs. La France ne redeviendra pas l’atelier du monde. Elle n’en a ni les coûts, ni la démographie, ni l’intérêt stratégique. Continuer à entretenir cette illusion, c’est préparer de nouvelles désillusions sociales et politiques.

La question n’est donc pas de savoir si la France doit réindustrialiser, mais quoi, pourquoi, et jusqu’où.

La première urgence est de hiérarchiser. Tout ne relève pas de la souveraineté. Mais certains domaines, eux, ne peuvent être abandonnés sans mettre en danger la Nation. L’agriculture en est le pilier absolu. Un pays qui ne peut pas nourrir sa population n’est pas souverain. Peu importe ses discours, ses normes ou ses ambitions climatiques.

Sanctuariser l’agriculture, cela signifie protéger le foncier, garantir des revenus, sécuriser les intrants, arbitrer l’eau, et accepter que la sécurité alimentaire ait un coût collectif. Ce n’est pas un choix idéologique. C’est une condition de stabilité.

La même logique vaut pour l’énergie, la défense, l’eau, et désormais l’intelligence artificielle. Oublier l’IA dans la souveraineté, c’est accepter que demain, des décisions publiques critiques reposent sur des systèmes opaques, hébergés et contrôlés ailleurs. La souveraineté numérique ne concerne pas les chatbots de loisir, mais les données, le calcul et les modèles utilisés par l’État, la santé, l’agriculture, l’énergie et la défense.

À côté de ces domaines vitaux, il existe des secteurs stratégiques où la France ne peut pas tout produire, mais doit réduire ses dépendances dangereuses. Là, la réponse n’est pas le repli, mais la résilience : diversification, partenariats bilatéraux fiables, stocks, capacités partielles sur le territoire national.

Enfin, il faut avoir le courage de dire que le reste relève de l’économie de marché. L’État n’a pas vocation à promettre des usines dans tous les secteurs. Il doit créer les conditions de la compétitivité, soutenir l’innovation et la montée en gamme, mais sans récit mensonger.

La stratégie française ne peut plus être celle du volume à bas coût. Elle doit être celle de la qualité, de la fiabilité, de la sécurité et de la valeur. Cela suppose d’assumer des choix, des coûts, et parfois des tensions avec nos partenaires. Mais la souveraineté ne se négocie pas à l’unanimité.

Coopérer avec l’Europe est une force. Déléguer notre survie serait une faute. Il est temps de remplacer les slogans par une doctrine. Et les promesses vagues par des choix clairs.

Jules Amigues

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