Féminisme et
Bonapartisme : une
réconciliation possible ? (2eme partie)
Le féminisme saint-simonien
«L'homme et la femme, c'est-à-dire le couple, voilà l'être humain, l'individu social » Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon dans son Nouveau Christianisme, 1825
Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, est un noble français avec une forte personnalité. Sa doctrine sociale imprégnée de la société industrielle naissante, annonce le socialisme et le bonapartisme de Napoléon III. D'où notre intérêt d'analyser cette doctrine dans notre étude.
Dès 1807, le comte de Saint-Simon fait la promotion pour le droit de vote des femmes. Il sera suivi en 1808 par Charles Fourier (à qui on adresse à tort l'invention du mot "féminisme"). Le comte se met à organiser des réunions qui proposent ouvertement l'égalité entre hommes et femmes. Il défend ardemment cette égalité à travers divers sujets dans ses livres : la famille, les couple, les enfants, l'héritage, le divorce, et la morale sexuelle. Cette doctrine rallie des femmes écrivains telles que Georges Sand par exemple, mais également d'autres théoriciennes moins connues.*
Ce féminisme saint-simonien est adopté dans un premier temps par des bourgeoises, telle Eugénie Niboyet, avant de s'ouvrir aux femmes prolétaires : la lingère Désirée Véret (épouse Gay), ou encore Jeanne Deroin. Désirée Véret et l’ouvrière Marie-Reine Guindorf fondent en 1832 le journal La Femme libre (rebaptisée La Femme nouvelle, puis La Tribune des femmes). C'est Suzanne Voilquin qui en prend la direction (une lingère très préoccupée par le sort des mères populaires). Dans leurs articles, elles dénoncent l'exploitation des femmes prolétaires, mais elles évoquent aussi la liberté, l'égalité entre les sexes, et le rétablissement du divorce. **
"Lorsque tous les peuples s'agitent au nom de Liberté et que le prolétaire réclame son affranchissement, nous, femmes, resterons-nous passives devant ce grand mouvement d'émancipation sociale qui s'opère sous nos yeux ? Notre sort est-il réellement heureux, que nous n'ayons rien aussi à réclamer ? La femme jusqu'à présent, a été exploitée, tyrannisée. Cette tyrannie, cette exploitation, doit cesser. Nous naissons libres comme l'homme, et la moitié du genre humain ne peut-être, sans injustice, asservie à l'autre. Comprenons donc nos droits ; comprenons notre puissance ; nous avons la puissance attractive, pouvoir des charmes, arme irrésistible, sachons l'employer".***
Malgré des disciples motivées par les idées progressistes de Saint-Simon, ce courant reste minoritaire. L'une des causes est la division des descendants politiques du comte. Le déchirement se fait entre la doctrine d'Enfantin et la doctrine de Bazard. Les deux doctrines sont en accord sur l'affranchissement complet de la femme. Cependant après son avènement social, quelle place doit-on donner à la morale chrétienne sur la pudeur, la chasteté et la fidélité dans le mariage ? C'est sur des questions de liberté et de mœurs que ces deux courants se distinguent : polygamie ou fidélité exclusive etc ****
Mais ne nous attardons pas sur des questions de mœurs qui ne sont plus d'actualité dans la politique du XXIe siècle.
Le socialisme et le féminisme de Saint-Simon ont su cependant conquérir d'autres pays européens, notamment l'Angleterre grâce à Anne Wheeler. C'est elle qui a permis la création de liens entre socialistes français et socialistes anglais. Robert Owen qui est l'un des théoriciens du mouvement coopératif anglais, donne par la suite des repères intellectuels pour le féminisme socialiste.*****
Nous avons évoqué auparavant Napoléon III qui lui-même a été influencé par les écrits de Saint-Simon, mais aussi de Robert Owen******. C'est cette influence socialiste qui lui permet de rédiger son Extinction du paupérisme en 1844, qui est l'une des bases du bonapartisme.
Mais qu'en est-il de la question des femmes pour le neveu de Napoléon Ier ?
*Séverine Auffret. Une histoire du féminisme, de l’Antiquité grecque à nos jours. Editions de l’Observatoire, Alpha, Humensis, 2022.
** Yannick Ripa. Histoire féminine de la France : de la Révolution à la loi Veil. Belin Editeur/Humensis, 2020.
***La Femme libre, 1er numéro, 15 août 1832.
**** Pierre Larousse. Le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle. Larousse, 17 volumes, de 1866 à 1876. La définition de Femme est dans le volume 8 (paru en 1872).
***** Georges Duby et Michelle Perrot. Histoire des femmes en Occident. Perrin, vol. 4 Le XIXème siècle, 2002.
******Thierry Lentz. Napoléon III, La modernité inachevée. Perrin/Bibliothèque nationale de France, 2022.
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