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Ne désarmons pas notre agriculture

Ne désarmons pas notre agriculture

Il est des décisions publiques qui, sous couvert de bonnes intentions, fragilisent ce qu’elles prétendent protéger.

Recommander aux Français de consommer moins de viande au nom de la santé et du climat peut sembler, à première vue, relever du bon sens. Mais à y regarder de plus près, cette injonction est mal ciblée. Elle détourne le regard des vrais problèmes et affaiblit un pilier stratégique de notre nation : son agriculture.

Car derrière cette recommandation abstraite, il y a des visages.

Des éleveurs qui se lèvent avant l’aube. Des bouchers artisans qui perpétuent un savoir-faire exigeant. Des territoires entiers qui vivent de cette chaîne de valeur.

La France n’est pas un pays hors-sol. Elle est une puissance agricole. Elle l’a été, elle doit le rester.

Réduire le débat à “moins de viande” revient à simplifier à l’extrême une question infiniment plus complexe. Les enjeux de santé publique ne se résument pas à la consommation de produits carnés français de qualité ; ils concernent d’abord la prolifération des produits ultra-transformés, la sédentarité, le déséquilibre alimentaire global. Les enjeux climatiques, eux, exigent une transformation méthodique des modes de production et de consommation — pas une désignation commode d’un secteur entier.

Opposer alimentation, santé et environnement est une erreur stratégique. Un État fort ne fragilise pas ses forces productives, il les modernise, il les accompagne, il les structure.

À force de signaux contradictoires, nous risquons une chose simple, importer demain ce que nous décourageons aujourd’hui de produire. Avec des normes moindres, un impact carbone parfois supérieur, et une perte nette de souveraineté.

Ce n’est pas ainsi que l’on conduit une nation.

Dans ses interventions récentes, Véronique Langlais a eu le mérite de rappeler une vérité élémentaire "derrière chaque statistique, il y a des professionnels engagés, responsables, qui n’ont pas attendu les injonctions pour faire évoluer leurs pratiques". On peut discuter des chiffres, affiner les données, elle-même l’a fait avec transparence, mais le fond de son analyse demeure solide, on ne transforme pas un pays en fragilisant ceux qui le nourrissent.

Le XXIe siècle appelle une ambition nouvelle, produire mieux, oui. Innover, oui. Adapter nos habitudes, sans doute. Mais jamais au prix de l’affaiblissement de nos filières stratégiques.

La France a besoin d’un État stratège, pas d’un État moralisateur. D’une vision industrielle et agricole cohérente, pas d’injonctions symboliques.

D’un dialogue exigeant avec ses producteurs, pas d’une mise en accusation diffuse.

Soutenir nos éleveurs et nos bouchers, ce n’est pas refuser le débat écologique ou sanitaire. C’est affirmer que la transition ne se fera pas contre eux, mais avec eux.

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