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« Nous allons entrer en guerre avec la France ».

« Nous allons entrer en guerre avec la France ».

En lançant cette phrase, le général nigérien Amadou Ibro n’a pas déclaré une guerre : il a formulé un aveu politique. Celui d’un pouvoir qui, faute de résultats, transforme la rhétorique martiale en outil de survie.

Depuis plusieurs années, au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les juntes militaires ont fait de la France l’ennemi commode. Non pas parce qu’un conflit armé serait imminent, mais parce que désigner un adversaire extérieur permet de masquer l’échec intérieur.

Cette mécanique est vieille comme le pouvoir autoritaire : quand la sécurité ne progresse pas, quand les groupes islamistes étendent leur emprise, quand les populations déplacées se comptent par centaines de milliers, le discours remplace l’action.

Or la guerre, la vraie, ne se décrète pas au micro.

Dans Le Temps des guépards, Michel Goya rappelle une vérité dérangeante : la France mène depuis soixante ans une succession de conflits périphériques, fragmentés, sans jamais disposer d’un contrôle total sur les dynamiques locales. Le Sahel n’a jamais été une guerre gagnable par procuration. Les succès tactiques y ont toujours masqué une faiblesse stratégique majeure : des États incapables de tenir le terrain politique une fois la bataille militaire passée.

Les juntes sahéliennes ont hérité de cette fragilité, mais au lieu de la corriger, elles l’ont instrumentalisée. Elles ont remplacé la question centrale — comment reconstruire un État légitime et protecteur — par une fiction : celle d’une souveraineté retrouvée grâce à la rupture avec l’ancien partenaire.

Le problème, c’est que la souveraineté ne neutralise pas une katiba, ne protège pas un village, ne rouvre pas une école.

Les peuples du Sahel ne sont pas dupes. Ils vivent la guerre dans leur chair, pas dans les discours. Ils voient que les attaques continuent, que l’économie se dégrade, que les promesses de redressement se dissolvent dans la durée. Ils comprennent, souvent avant les élites, que la colère dirigée vers l’extérieur est un substitut à l’impuissance.

À l’inverse, le Tchad offre un contrepoint brutal mais éclairant. Sa relation avec la France est faite de ruptures, de rapprochements, de défiance réciproque — un véritable « je t’aime moi non plus ». Mais jamais N’Djamena n’a cru que rompre avec Paris suffirait à résoudre ses problèmes sécuritaires. Le Tchad sait ce que Goya décrit sans fard : la guerre est un état durable, et les alliances sont des outils, non des talismans.

C’est là que le discours du général nigérien révèle toute sa vacuité. Parler de guerre contre la France, quand aucune armée française n’est plus déployée dans le pays, relève moins de la stratégie que de la mise en scène. Une mise en scène dangereuse, car elle habitue les populations à confondre le verbe avec l’acte, l’ennemi imaginaire avec la menace réelle.

La vraie guerre du Sahel ne se joue pas dans les déclarations. Elle se joue dans la capacité des États à protéger, administrer, juger et convaincre. Tant que les juntes refuseront cette réalité, elles continueront à perdre du terrain — même quand elles prétendent en reconquérir la souveraineté.

Et l’histoire, elle, finira toujours par rappeler une règle simple : on peut gouverner par le mensonge un certain temps, mais on ne gagne jamais une guerre par le slogan

Jean Pegot

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