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21 février 1916, il y a 110 ans ...

21 février 1916, il y a 110 ans ...

Verdun s’embrase sous le fracas d’un bombardement d’une violence inouïe. Dans ce déluge de feu commence l’une des épreuves les plus terribles de l’histoire de France — et l’une de celles qui révéleront le mieux la ténacité d’un pays qui refuse de céder.

Au bois des Caures, les chasseurs du lieutenant-colonel Émile Driant savent qu’ils seront submergés. Ils tiennent pourtant. Leur résistance n’est pas un geste isolé : elle est un acte fondateur. En retardant l’avance allemande, ils donnent au commandement le temps indispensable. Driant incarne ce moment où le sacrifice conscient devient stratégie, où quelques centaines d’hommes pèsent sur le destin d’une bataille.

À Verdun, l’urgence impose la lucidité. Envoyé sur place, le général de Castelnau comprend immédiatement que la position doit être tenue à tout prix. Il tranche, impose, organise les renforts. Dans ces premières heures décisives, sa fermeté contribue directement à empêcher l’effondrement.

En arrière-plan se lit aussi l’héritage du général Gallieni : l’idée que la guerre moderne exige réactivité, initiative et refus de la rigidité doctrinale. Cette culture de la décision, née dès la Marne, irrigue les réactions françaises face au choc de Verdun.

Mais cette journée révèle aussi des failles. L’offensive allemande surprend un haut commandement trop sûr de ses analyses. L’attitude de Joffre — lente à mesurer le danger, longtemps réticente à reconnaître la priorité absolue de Verdun — demeure l’un des angles morts du récit national.

La mémoire populaire a ensuite simplifié l’histoire. Elle a concentré Verdun autour d’une figure, celle de Pétain, dont le rôle fut réel — notamment dans l’organisation logistique et la rotation des unités — mais qui ne saurait résumer à lui seul la bataille. Verdun n’est pas l’œuvre d’un homme ; c’est celle d’une chaîne de décisions, de résistances et de sacrifices, dont beaucoup furent antérieurs à sa mise en avant.

Verdun naît donc ce 21 février : dans la résistance des chasseurs de Driant, dans la décision de Castelnau, dans une tradition stratégique héritée de Gallieni — mais aussi dans les hésitations d’un commandement qui dut corriger ses erreurs sous la pression des événements.

Commémorer Verdun, c’est refuser la légende simple.

C’est rappeler que la France tient d’abord par ceux qui résistent immédiatement, par ceux qui décident vite, et par ceux que l’histoire a parfois laissés dans l’ombre.

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