La souveraineté à géométrie variable du cinéma français
Lors de la dernière cérémonie des César du cinéma, Camille Cottin a célébré le cinéma français comme « l’une de nos fiertés nationales, comme la gastronomie, la mode et la sécurité sociale ». La formule est habile, rassembleuse, flatteuse. Elle est aussi profondément révélatrice d’un malaise : celui d’un milieu qui célèbre la souveraineté quand elle le protège, mais la relativise lorsqu’elle concerne d’autres secteurs.
Car le cinéma français n’est pas une fierté simplement parce qu’il rayonne. Il l’est aussi parce qu’il est structurellement protégé, financé, régulé et encadré par la puissance publique. Taxes affectées, obligations d’investissement, quotas de diffusion, mécanismes de redistribution : le secteur bénéficie d’un arsenal de dispositifs que peu d’industries culturelles ou économiques peuvent revendiquer à ce niveau.
Or, une partie du monde artistique adopte volontiers un discours critique à l’égard de la « souveraineté » lorsqu’elle est invoquée dans les débats industriels, agricoles ou énergétiques. Le mot devient alors suspect, teinté de repli ou de nationalisme. Mais dès lors qu’il s’agit de défendre l’exception culturelle et les mécanismes qui protègent le cinéma français de la concurrence mondiale, la souveraineté redevient une vertu cardinale.
Cette asymétrie interroge.
Peut-on dénoncer le protectionnisme ici et l’exiger là ? Peut-on moquer les discours sur la défense des filières stratégiques tout en bénéficiant d’un système conçu précisément pour préserver une production nationale face à des géants internationaux ? La cohérence voudrait que l’on assume pleinement ce choix politique : oui, la France protège certains secteurs jugés essentiels à son identité et à son modèle social. Le cinéma en fait partie. Très bien. Mais alors, pourquoi cette gêne lorsqu’il s’agit d’appliquer le même raisonnement à d’autres domaines ?
La gastronomie, souvent citée comme emblème national, dépend d’une agriculture exposée aux accords commerciaux et aux marchés mondiaux. La mode évolue dans une concurrence planétaire sans mécanisme de redistribution équivalent. Même la sécurité sociale, autre pilier invoqué, repose sur un équilibre financier régulièrement contesté. Seul le cinéma bénéficie d’un consensus quasi sacralisé autour de sa protection.
Il ne s’agit pas de contester la légitimité de soutenir la création. Une nation sans production culturelle forte s’appauvrit symboliquement. Mais il est permis de pointer l’inconfort d’un discours qui célèbre la souveraineté quand elle finance et sécurise, tout en la relativisant lorsqu’elle protège des ouvriers, des agriculteurs ou des industriels.
La question n’est pas culturelle, elle est politique : si la souveraineté est un outil légitime pour préserver une identité artistique face à la mondialisation, pourquoi ne le serait-elle pas ailleurs ? À moins d’admettre que certaines protections seraient nobles — celles de la création — et d’autres suspectes — celles de la production.
Le débat mérite mieux que des formules élégantes. Il exige une cohérence.
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