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La France veut vivre

La France veut vivre

Depuis les temps les plus anciens, les nations ne subsistent que lorsqu’elles décident de se tenir debout. Thucydide l’avait compris "la cité libre n’est pas celle qui se contente d’exister, mais celle qui accepte de combattre pour son avenir." Et Machiavel, observant l’Europe des principautés, savait déjà que les peuples désarmés sont promis à la tutelle des puissances. La France n’a jamais été de ceux-là. Elle a choisi la grandeur. Elle a choisi l’Histoire, de ses Rois à la Révolution, de l’Empire à aujourd'hui.

Napoléon en fit la preuve éclatante "lorsqu’un peuple se rassemble sous une volonté forte, lorsqu’il se donne un État énergique, il fait trembler les empires et façonne le monde. L’autorité, l’ordre, la vision, la centralisation, non comme contraintes, mais comme instruments d’un destin collectif".

Louis-Napoléon voulut prolonger cet élan en donnant à la nation les moyens matériels de sa puissance : chemins de fer, industrie, cohésion sociale, modernité politique. Pour lui comme pour son oncle, la France n’était pas un héritage passif, mais une construction.

Or, une construction n’existe que si elle est voulue. C’est ce que Renan formula avec génie "la nation est un plébiscite de tous les jours". Non un legs inerte, non une simple mémoire, mais un consentement. La patrie est acte de volonté.

Péguy en fit un effort de foi ; Barrès, un enracinement vivant dans les provinces, les paysages, les morts. Clemenceau, de son côté, en tira une leçon de combat "lorsque l’ennemi vient, il ne s’agit pas de commenter l’histoire, mais de la faire". "Je fais la guerre", non par goût des armes, mais pour que la France continue dans la chaîne des siècles.

Enfin vint De Gaulle qui comprit que la France n’est grande que lorsqu’elle refuse la résignation. Qu’elle n’est universelle que lorsqu’elle s’appartient. Qu’elle ne parle au monde que lorsqu’elle parle d’une voix haute, libre, souveraine. Il sut unir l’autorité de l’État héritée de Bonaparte et la légitimité nationale héritée de la République. Il fit du pouvoir une fonction du destin, non de la gestion.

Aujourd’hui, l’épreuve n’a plus seulement la forme du canon. Elle s’avance sous les traits de l’effacement, de la dilution, du renoncement. Ce sont les frontières mentales qui reculent, la langue qui s’érode, l’histoire qui s’oublie. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’abandon intérieur prépare toujours l’abandon extérieur.

La France ne tombera pas par faiblesse militaire, mais par faiblesse d’âme, si toutefois nous consentions à la faiblesse.

Il nous revient donc de reprendre le fil de notre histoire :

• une France indépendante, parlant en son nom ;

• une France organisée, dotée d’un État fort et stratège ;

• une France confiante, sûre de son génie propre ;

• une France héritière, consciente de ce qu’elle doit aux siècles passés.

Car la nation n’est pas un sentiment vague, elle est une œuvre et une œuvre exige des bâtisseurs. L’heure n’est donc ni à la contrition ni au doute, elle est au redressement, à la décision, à la volonté.

Soyons dignes de nos aïeux, non par culte morbide du passé, mais parce qu’ils nous ont montré ce que peut un peuple lorsqu’il se rassemble.

Nous ne sommes pas nés pour l’effacement, nous ne sommes pas faits pour suivre. Nous sommes faits pour durer et pour agir.

Que chacun se lève donc, non pas contre le monde, mais pour la France. Et qu’ensemble, par la volonté, nous prouvions encore que notre patrie est un destin.

Alors, la France continuera et le monde saura qu’elle vit encore.

Jules Amigues

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