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L'union des droites, une imposture historique

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L'union des droites, une imposture historique

À chaque époque de trouble politique ressurgit la tentation des blocs, des coalitions de peur, des unions de circonstance. Aujourd’hui, sous le label séduisant d’« union des droites », on prétend rassembler ce que l’histoire, la sociologie et les idées ont toujours opposé. Mais pour quiconque se réclame du gaullisme ou du bonapartisme, cette proposition n’est pas seulement une erreur stratégique : c’est une négation de leur essence même.

Le bonapartisme et le gaullisme ne sont pas des droites. Ils sont nés contre les partis, contre les factions, contre la réduction de la nation à un camp idéologique. Napoléon Ier fonde son pouvoir sur l’appel direct au peuple, sur le dépassement des querelles révolutionnaires, sur la réconciliation nationale. Napoléon III, dans sa phase initiale, associe autorité politique, suffrage universel, politique sociale et modernisation économique. Le général de Gaulle, en 1958, renverse le « régime des partis » et construit des institutions destinées à rendre au politique sa capacité de décider au nom de la nation tout entière.

Dans tous ces cas, la logique est identique : l’unité nationale prime sur l’addition des droites. Le chef n’incarne pas un camp, mais une souveraineté.

Or l’« union des droites » repose exactement sur l’inverse. Elle accepte le clivage partisan comme horizon indépassable, elle négocie des équilibres internes entre familles idéologiques, elle transforme la politique en cartel électoral. Ce faisant, elle enferme la nation dans une mécanique de blocs, là où le gaullisme et le bonapartisme cherchaient précisément à la dépasser.

L’histoire offre d’ailleurs un avertissement clair. Après la chute du Second Empire en 1870, les bonapartistes, affaiblis, cèdent aux sirènes de l’« union conservatrice » et s’allient aux monarchistes légitimistes et orléanistes au sein du camp de l’Ordre. Cette stratégie, présentée comme réaliste et nécessaire, s’avère désastreuse. Le bonapartisme y perd son identité populaire, son projet social, sa capacité d’incarnation nationale. Dilution idéologique, dépendance à des alliés plus structurés, effacement progressif : en quelques décennies, le courant disparaît comme force politique autonome. En renonçant à son caractère transpartisan, il a renoncé à sa raison d’être.

Le même piège se refermait déjà sous la Restauration, lorsque les bonapartistes survivants tentaient de se recycler dans les droites monarchiques, perdant ce qui faisait leur singularité : la synthèse entre autorité, peuple et modernité. À chaque fois, l’absorption dans un bloc conservateur produit non la victoire, mais la marginalisation.

Le gaullisme lui-même n’aurait jamais existé s’il avait accepté de devenir une simple droite parmi d’autres. En 1947 comme en 1958, De Gaulle refuse les coalitions partisanes. Il préfère l’isolement à la compromission idéologique. Sa légitimité ne vient pas d’un cartel électoral, mais d’un lien direct avec la nation. C’est ce refus du camp qui lui permet d’incarner une alternative crédible.

Derrière l’« union des droites » contemporaine se cache en réalité une autre illusion : celle d’un discours d’autorité et d’identité greffé sur un cadre économique et institutionnel inchangé, largement contraint par des logiques supranationales et libérales. On promet la souveraineté sans les moyens de la souveraineté, l’État fort sans la liberté de décider, la puissance sans l’indépendance. C’est un simulacre de volontarisme.

Une véritable tradition gaullo-bonapartiste ne cherche pas à additionner des droites, mais à rassembler le pays autour d’un projet national, souverain, social et stratégique. Elle assume le dépassement des clivages, la primauté du politique, la capacité de rupture quand l’intérêt national l’exige. Elle parle au peuple dans sa totalité, pas à une fraction idéologique.

Jean Pégot

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